L’enjeu : essayer de réconcilier les réseaux de soins primaires
paru dans Le Concours Médical de janvier 2019

DR HÉLÈNE COLOMBANI, médecin directeur de la santé à la Ville de Nanterre et présidente de la Fédération nationale des centres de santé (FNCS), qui co-organise le prochain Forum européen sur les soins primaires (EFPC), prévu à Nanterre du 30 septembre au 1er octobre 2019.

Pourquoi les Français présentent-ils rarement leurs initiatives dans les congrès internationaux ?

Il y a d’abord la barrière de la langue. Je pense que les Français s’autocensurent en se disant que cela va être difficile de présenter quelque chose en anglais, même si pour les jeunes générations, cette difficulté se ressent moins.

Nous avons aussi tendance à être un peu centrés sur nous-­même et moins attentifs à ce que peuvent produire les autres dans le domaine de la santé.

Il y a cinq ans, je suis allée pour la première fois au Congrès annuel de l’EFPC à Barcelone, au nom de la Fédération nationale des centres de santé (FNCS). J’étais la seule Française, avec beaucoup d’autres francophones suisses et belges. Malgré mon anglais approximatif, j’ai eu un très bon accueil. Ces dernières années, je me suis plus impliquée et j’ai intégré le conseil stratégique de ce réseau auquel adhèrent aussi la FFMPS (pôles et maisons de santé), la SFTG (organisme de formation continue du généraliste), l’Union syndicale des médecins salariés de centres de santé (USMCS) et l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes).

Ce partage d’expériences pluriprofessionnelles autour des soins primaires crée une dynamique d’échanges et de réflexion. La visite d’un centre de santé en Catalogne (Espagne) m’a par exemple inspirée pour l’embauche d’une infirmière de pratique avancée dans notre centre de santé.

Pourquoi est-ce important de le faire ?

Quand on est dans son quotidien et sa pratique, on se retrouve parfois face à des problèmes (organisation, accès aux soins…), sans trouver de solution. En constatant que les autres pays sont confrontés aussi à des problématiques similaires, cela aide à avoir un autre regard et du recul sur sa pratique.

Quel est l’enjeu de la conférence 2019 qui aura lieu en France ?

Il y a deux gros enjeux. Le premier est de mobiliser les réseaux de soins primaires autour de cet événement, en profitant du fait que cette conférence ait lieu en France pour en faciliter l’accès et permettre ainsi aux professionnels de santé de découvrir l’EFPC. Nous allons mettre en place une traduction simultanée, afin qu’il n’y ait pas cette barrière de la langue. Le deuxième est d’essayer de réconcilier les différents réseaux de soins primaires.

L’ambulatoire reste très disparate en France : maisons de santé, centres de santé, médecins libéraux à pratique isolée ou en groupe… etc. On gagnerait à s’organiser plus et à porter ensemble un projet pour les soins ambulatoires, en sortant des « guéguerres » de territoire.

Interview paru dans Le Concours Médical de janvier 2019 - Propos recueillis par G. D. du Loû

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